MASARYK (T. G.)


MASARYK (T. G.)
MASARYK (T. G.)

MASARYK TOMÁ face="EU Caron" ジ GARRIGUE (1850-1937)

Fils d’un misérable cocher de maître, Tomáš Masaryk commence à travailler très jeune comme apprenti serrurier puis chaudronnier. Remarqué par des prêtres tchèques, il obtient une bourse et étudie au collège, à Brno puis à Vienne. Il rompt, à vingt et un ans, avec le catholicisme à propos de la question de l’infaillibilité du pape. Il poursuit des études de philosophie à Vienne, tout en travaillant comme précepteur. En 1876, il devient docteur en philosophie avec une thèse sur Platon; on lui doit un ouvrage de logique et de méthodologie scientifique: Základové konkrétni logiky (1885), qui sera publié ensuite en allemand, Versuch einer konkreten Logik: Klarifikation und Organisation der Wissenschaften (1887).

Son mariage, en 1878, avec Charlotte Garrigue, huguenote américaine, achève son évolution vers un protestantisme social qui, pour lui, fonde la politique sur une «science morale». Assistant de philosophie et de sociologie à Prague à partir de 1882, il y fonde la revue intellectuelle Athenaeum . Patriote et slaviste, membre du «Sokol», Masaryk prend cependant pour devises «Jésus au-dessus de César» et «La Vérité vaincra» (cette dernière provenant de la tradition hussite). Au nom de ces principes, il combat la slavophilie passéiste: cette rupture avec le nationalisme ombrageux l’isole de la classe politique (les vieux-tchèques) et des étudiants tchèques. Il doit cesser de publier sa revue, ainsi que son Dictionnaire scientifique . En 1891, il est élu avec deux autres jeunes-tchèques au Reichsrat. Membre de la délégation du Reichsrat, il y défend une ligne quasiment indépendantiste, tout en se montrant partisan des Slaves du Sud et de la réforme de l’enseignement. Cet humanisme exigeant, qui l’éloigne de ses amis, l’amène à démissionner en 1893, et à se consacrer à l’étude de la Question tchèque (1895) et de la Question sociale (1898). Partisan d’une analyse scientifique, sans complaisance, de la société tchèque dans son journal populaire Naše Doba (Notre époque ), il promeut les traditions du hussitisme auxquelles il joint les acquis de la science moderne et d’un socialisme empirique, tout en luttant contre l’antisémitisme (affaire Hilsner, 1899), pour le droit de grève et le suffrage universel. Il fonde, en 1900, le Parti réaliste, devenu en 1905 le Parti progressiste tchèque. En avance sur son temps, il prône une formation universitaire pour les instituteurs et cloue au pilori tous les obscurantismes: la russophilie et le tolstoïsme avec La Russie et l’Europe (1906-1907) comme la soumission au Vatican et... l’alcoolisme. En 1907, il est élu, avec les voix social-démocrates, député de Moravie. Il acquiert alors une réputation internationale en se faisant le défenseur des ouvriers, des étudiants, des libres penseurs, des patriotes galiciens et, surtout, en dénonçant les machinations du pouvoir contre les patriotes yougoslaves (procès de Zagreb en 1908). Réélu en 1911, il met la jeunesse en garde contre le «dostoïevskisme» et se départit de son pacifisme en admettant la nécessité d’une révolution pour imposer les changements nécessaires.

Dès octobre 1914, il soumet à l’Entente un memorandum sur l’indépendance des Tchèques et des Slovaques, complété, après son départ pour Londres, en décembre 1914, par son rapport Independent Bohemia (avr. 1915). En août, un mandat d’arrêt est délivré contre lui pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi. Professeur au King’s College à Londres, il fonde en février 1916 le Conseil national tchécoslovaque. De mai 1917 à avril 1918, il est en Russie où il encourage l’action armée de la Légion tchécoslovaque contre les puissances centrales et, ensuite, contre les bolcheviks qui veulent la désarmer. Il rentre en Europe par Vladivostok et Chicago où il mobilise ses compatriotes émigrés.

Le 14 novembre 1918, il est élu triomphalement président de la République par l’Assemblée nationale. Il obtient à la conférence de la Paix l’inclusion des Sudètes dans le nouvel État et refuse aux Slovaques l’autonomie, promise à Pittsburgh en juin 1918, se montrant partisan du «tchécoslovaquisme». La Constitution de février 1920 lui confère des pouvoirs étendus, ce qui, allié à son immense popularité de «président libérateur», lui permet de rassembler autour de lui un bloc politique qui dépasse les clivages des formations constituées. Il dissout en 1920 son propre parti, montrant discrètement sa préférence pour la social-démocratie.

Réélu en 1920 et 1927, Masaryk contribue à instaurer dans son pays une démocratie parlementaire qui prend la France pour modèle et pour alliée. Il prend l’initiative de réformes sociales importantes et accorde une autonomie culturelle à toutes les minorités. En décembre 1935, malade, il se retire, dans la considération générale, tout en ayant organisé sa succession.

Il laisse, entre autres, d’intéressants ouvrages: Mémoires 1914-1918 (1927) qui témoignent, tout comme sa Révolution mondiale (1925), de son souci de marier la science et la morale évangélique dans un socialisme éthique qui fait de la démocratie et de l’humanisme tchèques modernes les héritiers directs de la Réforme et des Lumières.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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